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Le sonneur

  • La rédaction
  • 9 juil. 2025
  • 2 min de lecture

François-Xavier Tourot a effectué une partie de sa scolarité au début des années 80 au collège de Bétharram. Il fait partie des dizaines d'anciens élèves qui ont porté plainte pour harcèlement et violences physiques et psychologiques. Parmi ses bourreaux, figure un surveillant particulièrement sadique, surnommé "Cheval" par les élèves. Il revient dans ce texte sur une des pratiques, longtemps répétée, de ce bourreau. Une histoire qui sonne comme un conte maléfique, un film d'horreur glaçant.


L'horloge de Cheval
L'horloge de Cheval

Cheval, le préfet de discipline avait pour habitude, chaque année, de choisir un élève, docile et fragile, issue si possible d'un milieu modeste. C'était plus facile de garder le secret, quand bien même y aurait-il eu une plainte, elle aurait été plus simple à étouffer... Le rôle de l'enfant était de sonner les cloches, matin, midi et soir, récréation, repas, étude, dortoir. Le mécanisme, épicentre du système, se trouve dans le bureau du prédateur. Notons au passage que ce carillon produisait un tintamarre inaudible et glaçant. Seuls l'enfant et le préfet y avaient accès. Ainsi ce dernier pouvait disposer de sa proie jour et nuit, le violer, le molester. Insistons sur le fait que l'élu était son préféré. Il n'était pas le seul à subir, loin de là. Le sonneur rythmait donc nos journées. Dans sa poche trainait la clef du temps. Il incarnait celui qui nous ordonnait d'aller nous laver, de rentrer en étude, d'aller au réfectoire. De fait, il détenait à nos yeux un pouvoir sacré. Il passait pour le favori, le protégé. Secrètement, nous envisageons sa place, nous en étions quelque part jaloux. Mais la vérité, c'était qu'il était la première victime. La pire victime. Le sonneur vivait dans sa solitude. Il ne pouvait, de par sa stature, nouer d'amitié, ou peu, un ancien sonneur au mieux. Souvent, lorsqu'il descendait dans la cour, il se faisait harceler, humilier. Parfois, si le préfet tombait sur un des agresseurs, celui-ci était convoqué dans son bureau et battu comme un chien. D'ailleurs, quand il avait trop molesté un petit, qu'il était couvert d'hématomes, il le collait le week-end afin que ses parents ne constatent pas les violences. Mais c'est une autre histoire, revenons en au fait.

Le sonneur n'avait donc pas d'issus. Aucune. Violé d'un coté, brimé de l'autre. Si le sonneur n'avait pas fugué, avait pu endurer, n'était pas devenu schizophrène, ne s'était pas suicidé, il pouvait parfois devenir surveillant à son tour, de dortoir par exemple, quelques années plus tard. Et détruit, perverti, s'adonner alors aux vils vices qu'on lui avait infligés, enseignés. Plus tard, beaucoup plus tard, on raconte qu'un sonneur, dans les méandres de son malheur, s'était mis à collectionner des horloges similaires à celle qui trônait dans le bureau du surveillant.

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